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Site de l'équipe d'accueil EA 4686 - EPS - Ethique, professionalisme, santé

  Appelée à tenir un discours sur la souffrance comme à apporter un remède à la souffrance, celle du si justement dénommé « patient », la médecine commence par mettre des mots sur des maux. Elle s’inscrit dans l’ordre du discours et à sa façon en participe à des degrés divers. Elle se prononce, et d’abord prononce. D’où l’importance du colloque singulier entre le médecin et son patient, si asymétrique que puisse être statutairement la relation entre les deux. La démarche soignante semble par nature éthique, animée du souci envers l’autre. Alors pourquoi centrer l’interrogation sur l’éthique du soin ? Les préoccupations éthiques auraient-elles cessé d’importer au personnel soignant ? Nous nous garderons bien de l’affirmer. Pourtant, toutes les reconfigurations entraînées par l’essor de la science médicale depuis quelques siècles, et surtout depuis une époque plus récente, ont à ce point bouleversé le paysage, que le questionnement éthique semble de lui-même revendiquer sa place, irréductible au seul domaine strictement déontologique comme aux seuls « codes », dans le souci que la médecine demeure fidèle à sa vocation, telle qu’elle a été fixée dans ses grandes lignes et ses grands principes par Hippocrate et la tradition hippocratique. L’éthique du soin constitue en ce sens une sorte de foyer de résistance face à une vision purement technique de la médecine.


  L’éthique médicale est foncièrement une interrogation vive et inquiète sur le sens et la vocation du savoir médical comme de la pratique de soins. Il ne s’agit pas seulement d’apporter des solutions à des problèmes, mais bien des réponses à des questions, des réponses qui engagent la responsabilité du corps médical, et plus largement de l’équipe soignante. L’éthique médicale n’est donc pas périphérique par rapport au savoir médical, elle en est le cœur, porteuse qu’elle est de la conviction de « l’irréductibilité de l’être humain à la seule réalité médicale » (J.- M. Boles). Aussi peut-on situer, avec Emmanuel Lévinas, « la naissance latente de la médecine » dans l’émergence d’un certain type de sollicitude, celle qui se trouve, poursuit-il, « éveillée, en-deça de tout savoir, par le visage et la mortalité de l’autre homme  », sans préjudice de ce qui, à partir de là, va prendre la configuration d’un savoir. La médecine, nous n’avons que trop tendance à l’oublier, doit son nom à un terme latin, mederi, « prendre soin de », lui-même issu d’une racine indo-européenne qui a également donné en latin le verbe meditari, « (s’)exercer », puis « méditer ». Dans l’aire indo-européenne, le médecin apparaît d’emblée comme un homme de pensée, non comme un simple guérisseur ou un sorcier. On peut d’ailleurs situer la naissance de la médecine comme savoir pratique dans le passage d’une médecine incantatoire et magique, qui n’était pas encore la médecine, à une médecine opératoire, en Mésopotamie, quelque part entre le Tigre et l’Euphrate, avec le code Hammourabi (F. Dubrana). Le médecin est donc cet homme de pensée dont le savoir ne relève pas seulement de la « pensée calculante », mais plus essentiellement de la « pensée méditante », selon la précieuse distinction établie par Heidegger, qui prend ici aussi tout son poids.


Pascal David